De Sadate à Aoun : le courage d’aller “jusqu’au bout du monde” pour la paix

AOUN

Il existe, dans l’histoire du Moyen-Orient, des moments où la véritable force politique ne consiste pas à prolonger les guerres, mais à oser y mettre fin. Des moments où un dirigeant choisit de parler à son peuple avec franchise, au risque d’être accusé, attaqué, voire trahi politiquement, mais avec une seule boussole : sauver la nation. C’est dans cette tradition que s’inscrit la comparaison entre le discours d’Anouar el-Sadate et celui du président Joseph Aoun.

Lorsque Sadate annonça sa disposition à se rendre à la Knesset, il ne cherchait pas un geste spectaculaire. Il posait un acte politique fondateur. L’Égypte sortait de guerres coûteuses, la société était épuisée, l’économie sous pression. Dans ce contexte, Sadate affirma qu’il était prêt à aller « jusqu’au bout du monde » pour épargner à son peuple de nouvelles pertes. Ce choix fut immédiatement attaqué par les tenants du refus absolu, qui y virent une capitulation.

Pourtant, l’histoire retiendra autre chose : un chef d’État qui a assumé le coût politique du courage, pour ouvrir la voie à la récupération du territoire, à la stabilisation régionale et à la protection durable de son pays.

Des décennies plus tard, le président Joseph Aoun adopte une rhétorique similaire. En affirmant être prêt à aller « jusqu’au bout du monde » pour sauver le Liban et ouvrir la voie à la paix, il reprend la même logique stratégique : placer l’intérêt national au-dessus des slogans. Le Liban, lui aussi, sort d’une succession de crises, de conflits et d’effondrements qui ont épuisé la société.

Dans ce contexte, parler de négociations n’est pas un signe de faiblesse, mais une tentative de sortir le pays de la logique des champs de bataille pour le ramener à celle de l’État.

La comparaison entre les deux discours est frappante. Sadate se disait prêt à franchir les lignes pour sauver l’Égypte ; Aoun affirme sa disponibilité à franchir toutes les distances pour sauver le Liban. Sadate parlait de paix pour protéger son peuple et récupérer sa terre ; Aoun évoque la paix pour préserver la souveraineté, stopper l’hémorragie nationale et éviter de nouvelles destructions. Sadate fut accusé de trahison avant d’être reconnu comme artisan de paix ; Aoun se retrouve face aux mêmes tentatives de disqualification politique, selon un schéma désormais classique dans la région.

L’histoire montre pourtant une constante : ceux qui choisissent la paix sont d’abord contestés, puis reconnus. La rhétorique de la “résistance permanente” transforme toute tentative de négociation en faute politique. Mais l’expérience prouve que la paix négociée peut être un instrument de souveraineté, et non une abdication. La véritable question n’est pas de savoir si dialoguer est acceptable, mais si continuer à s’épuiser dans des confrontations ouvertes sert réellement l’intérêt national.

Dans cette perspective, la posture de Joseph Aoun s’inscrit dans une tradition de leadership qui privilégie la responsabilité sur l’idéologie. Comme Sadate en son temps, il ne parle pas d’un geste symbolique, mais d’un choix stratégique : celui de mettre fin à l’engrenage de la confrontation, de redonner priorité à l’État et de replacer la sécurité des citoyens au centre de la décision politique.

Les artisans de paix ne choisissent pas la facilité. Ils choisissent le risque politique pour éviter le risque existentiel de leurs nations. C’est cette distinction qui, hier comme aujourd’hui, sépare les discours de mobilisation permanente des décisions d’hommes d’État.

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